Notre Imam (as) y présente les devoirs élémentaires d’un dirigeant à l’égard de ses administrés. Les points qui y sont soulevés sont d’une simplicité rare, d’une justesse implacable…
A lire, à méditer et pourquoi pas à mettre en pratique….
Apprends que je t’envoie dans un pays qui a connu avant toi des situations marquées par la justice comme par l’oppression. Les gens critiqueront tes actions de la même manière que tu critiquerais celles de tes prédécesseurs et diront de toi ce que tu disais d’eux. On reconnaît les justes par les paroles que Dieu mettra à leur sujet dans la bouche de ses adorateurs ; fais en sorte que les plus précieux trésors soient les bonnes actions ! Maîtrise tes penchants ; abstiens – toi de ce qui n’est pas licite, car la maîtrise de l’âme s’accomplit en se détournant de ses passions. (Prendre soin de son âme c’est ne pas lui accorder tout ce qu’elle désire mais c’est l’obliger à supporter ce qu’elle déteste).
Fais que ton cœur soit compatissant, tendre et doux envers les administrés, ne sois pas un fauve qui ne songe qu’à en faire sa proie ; ils sont de deux sortes : un frère en Dieu ou bien un congénère, tous deux sujets à des lapsus et en butte à des erreurs commises consciemment ou inconsciemment. Offre – leur ton pardon et ta mansuétude comme tu souhaites que Dieu en fasse pour toi. Tu te trouves en position de supérieur à leur égard, comme l’est vis-à-vis de toi celui qui te nomme. Mais Dieu est au-dessus de nous tous. Dieu t’a confié la charge de leurs affaires pour t’éprouver. Ne te dresse pas contre les ordres de Dieu car, face à lui, tu es impuissant et n’est pas à même de te passer de son pardon et de sa miséricorde.
Ne regrette jamais un acte de pardon et ne te vante pas d'une sanction que tu auras infligée. Évite de prendre hâtivement une initiative de ce genre, si la possibilité d'agir autrement s'offre à toi. Ne te dis jamais: « Je suis investi, j'ordonne et on m'obéit »; car cela pourrit le coeur, affaiblit la foi et précipite les troubles. S'il t'arrive d'être trompé par ce dont tu disposes comme moyens de puissance et de grandeur, observe la grandeur de l'empire de Dieu au-dessus de toi, sa puissance sur toi et son aptitude à réaliser ce dont tu es incapable en toi-même. Ceci diminuera tes ambitions, réduira ta violence et te rendra ce que tu aurais perdu de clairvoyance. Prends garde de ne pas vouloir t'élever à la hauteur de Dieu et de lui ressembler dans son omnipotence. Allah avilit tout oppresseur et méprise tout orgueilleux.
Observe les droits de Dieu et ceux de ses créatures sur ta personne, sur les tiens et sur ceux de tes administrés qui te sont particulièrement chers. Si tu ne fais point ainsi, tu seras oppresseurs! Et celui qui opprime les créatures de Dieu, ce dernier substituera à celles – là et deviendra son adversaire. Et quiconque sera l'adversaire de Dieu verra fondre ses arguments. Car Allah le combattra jusqu'à ce qu'il se soumette ou se repentisse. Rien n'appelle au changement des faveurs de Dieu et à la précipitation de sa vengeance plus que le maintien de la tyrannie; prête particulièrement oreille aux prières des opprimés et observe attentivement les oppresseurs.
Que ton choix tombe toujours sur la solution la plus médiane dans la vérité, la plus générale dans la justice, celle qui réussit le plus à recueillir le consentement des administrés. Car l'irritation du peuple rend inefficace le consentement de l'élite alors que l'irritation de la seconde peut être compensé par le consentement du premier. A l'égard du chef, personne n'est plus préoccupant que l'élite en période de stabilité, moins assistant en temps de difficultés, plus réticent à agir selon la justice, plus insistant en demande, moins reconnaissant des offres, moins disposé à comprendre en cas de refus, et moins tenace en cas de malheurs. Par contre, la force de la religion,le facteur d'unification des musulmans et le rempart de la nation face à l'ennemi restent les gens du peuple. Accorde – leurs plus d'attention. Fais en sorte que le plus éloigné de toi parmi les administrés soit celui qui cherche le plus les défauts d'autrui.
Les hommes sont imparfaits, certes, mais il incombe à leur chef, en premier lieu, de couvrir leur imperfection. Ne cherche jamais à dévoiler ce qui échappe à ton regard. Ton devoir est d'en corriger ce qui te tombe sous les yeux. Dieu est seul juge de ce qui t'échappe. Protége d'un voile autant que faire se pourra leurs défauts et Dieu en fera de même pour toi à leurs égards.

